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vendredi 19 juin 2009

L'article qu'il ne fallait pas écrire

Les dames du très officiel Bureau de l'égalité entre les femmes et les hommes et celles de l'association Femmes juristes suisses organisent ce vendredi 19 juin un colloque et une table ronde à l'occasion des cinquante ans de droit de vote des femmes dans le Canton de Vaud. La manifestation est intitulée «Pas de démocratie sans les femmes».

Voilà un slogan qui ne déplaira pas aux antidémocrates, qui en tireront les conclusions qui s'imposent. Des conclusions qui n'ont rien de discriminatoire: la régulière médiocrité des résultats vaudois dans les scrutins populaires – médiocrité dont il est à craindre qu'elle ne soit pas entièrement imputable aux voix féminines – plaide en faveur d'une suppression généralisée du droit de vote, ce qui est aussi une manière de réaliser l'égalité entre hommes et femmes.

Mais trêve de propos sérieux. Contentons-nous de parcourir d'un œil distrait le programme – diffusé largement, y compris auprès d'un certain nombre de messieurs – pour remarquer que les débats seront animés par une journaliste de la Radio suisse romande qui porte le même nom de famille qu'une présentatrice de la Télévision suisse romande – ce qui laisse supposer que la «convergence» entre les deux médias est déjà beaucoup plus avancée qu'on ne le pense – et que la parole sera données exclusivement à des femmes, sans doute pour mieux souligner la notion d'égalité entre les sexes. Cette dernière notion est d'ailleurs expressément définie comme suit au dos de l'invitation: «Tout être humain doit être libre de […] procéder à des choix personnels, indépendamment des idées reçues sur les rôles réservés aux femmes et aux hommes.» Gageons que celui ou celle qui s'imaginerait libre de s'écarter des actuelles idées reçues sur l'égalité serait vite rattrapé par la manière dont nos kmères rouges conçoivent la notion de liberté.

On garde le meilleur pour la fin. Après leurs discussions, ces dames sont invitées, nous dit-on, à passer une «soirée dans le Lavaux». Si l'on écarte l'hypothèse peu crédible d'un bain collectif dans une cuve de chasselas, on est alors en droit de sourire de cette facétieuse erreur qui amène des féministes pures et dures, par un article superfétatoire, à masculiniser le nom originellement bien féminin de «la vaulx».

(Le Coin du Ronchon, La Nation du 19 juin 2009)