Fin de la piraterie, renouveau du secret bancaire, juste mort du cochon
On parle beaucoup, ces temps-ci, des pirates qui attaquent les navires au large des côtes somaliennes. On en parle surtout en Suisse. Notre armée ne devrait-elle pas protéger les bâtiments battant pavillon helvétique? Ne devrions-nous pas participer à la flotte internationale chargée d'assurer un «couloir sécurisé»? Une telle participation violerait-elle notre neutralité? Serait-elle au moins utile ou s'agirait-il seulement de jouer au paillasson (maritime) devant la communauté internationale?La Nation a la réponse à ces questions! Une authentique conception globale. Une stratégie win-win. Raisonnons: puisque les soldats suisses, nous dit-on, ne sont pas préparés aux combats sur mer, il faudrait donc que nous menions une opération terrestre. Nous pourrions ainsi envahir et occuper militairement le territoire de la Somalie, l'annexer et en faire un vingt-septième canton suisse dont la côte serait pacifiée et d'où toute piraterie aurait disparu. Cela nous vaudrait pour le moins une grande reconnaissance de la communauté internationale et la Suisse aurait alors beau jeu d'exiger qu'on lui fiche la paix sur les questions de secret bancaire et de fiscalité. Mieux: nous pourrions faire de la Somalie un véritable paradis fiscal un vrai paradis paradisiaque comme le plus opaque des paradis fiscaux anglo-saxons. Ou former nos soldats afin qu'ils puissent attaquer et séquestrer les navires marchands naviguant au large de «nos» côtes, afin de réclamer des rançons. La Suisse deviendrait plus riche qu'aujourd'hui et la Somalie aussi. Que demander de plus?
L'aspect le plus subtil de ce nouvel axe fort de notre politique étrangère est qu'il ne résout absolument pas le non-problème de la grippe porcine, évitant ainsi de priver nos journalistes* de leur sujet de dissertation quotidienne.
(Le Coin du Ronchon, La Nation du 8 mai 2009)
* («une certaine presse»...)