Recherche chercheurs sachant parler français
Le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), qui n'est pas national mais fédéral et qui ne s'occupe que très exceptionnellement de sujets scientifiques, figure au palmarès des instances nuisibles qui dilapident nos contributions fiscales. Une armada de chercheurs subventionnés y grouille, au mieux pour ne rien trouver, au pire pour donner un semblant de caution scientifique à quelques idées à la mode. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner lorsque la presse nous apprend qu'une étude récente dudit FNS prône un usage accru, voire officiel, de la langue anglaise dans les diverses administrations helvétiques. Motif: «Pour assurer l'égalité des chances inscrite dans la nouvelle loi sur les étrangers, les administrations publiques doivent apprendre à mieux communiquer avec les citoyens nonsuisses (sic).»Une certaine perplexité est pourtant de mise par rapport au choix de l'anglais. Car l'expression «égalité des chances», dans le langage politiquement correct, s'applique rarement aux étrangers anglophones lesquels sont généralement des «salauds de riches» qui viennent en Suisse pour y travailler comme cadres dans des multinationales, ou alors pour mettre leur fortune à l'abri dans nos banques, comme cela était du moins possible jusqu'à la semaine passée mais bien plutôt aux immigrés ne parlant pas un traître mot d'une quelconque langue d'Europe occidentale et recourant néanmoins intensément à tous nos services publics. L'hôpital cantonal de Genève, cité comme un exemple d'administration appelée à communiquer avec des «citoyens nonsuisses», admet ainsi que son personnel médical parle souvent anglais, mais ajoute aussitôt qu'il est fait «régulièrement appel à des interprètes pour d'autres langues, notamment pour l'albanais». Comment se fait-il qu'aucun chercheur n'ait encore diagnostiqué la nécessité pour tous nos fonctionnaires de parler couramment l'albanais?
Au-delà de ces considérations étroitement ethnosociologiques, le seul vrai motif d'exaspération dans le résultat de l'étude du FNS est assurément l'usage de l'adjectif «nonsuisse», écrit en un seul mot et sans le moindre trait d'union. Ce néologisme hideux n'est pas sans rappeler le non moins choquant «sourdaveugle» aperçu sur une affiche en ville de Lausanne et dont internet nous révèle qu'il s'agit d'un «terme générique qui regroupe un ensemble très hétérogène de personnes ayant comme point commun de graves déficits auditifs et visuels associés». Dans le même ordre d'idées, «nulenorthographe» pourrait être un terme générique regroupant des journalistes et des chercheurs qui militent pour un usage accru de l'anglais afin de mieux masquer leur totale incapacité à maîtriser la langue française.
(Le Coin du Ronchon, La Nation du 27 février 2009)