Articles   |    La Nation   |    Le Coin du Ronchon
vendredi 1er février 2008

Moritz Leuenberger, city manager

«Durant les vacances d'été, j'ai garé ma voiture devant un musée pour aller y chercher un livre que j'avais commandé […]. Lorsque je suis retourné à la voiture quelques minutes plus tard, un monsieur sympathique m'informe que j'aurais dû mettre de l'argent dans le parcomètre, mais qu'il l'a fait à ma place.»

Ces quelques lignes, vous l'aurez deviné, sont de la plume de M. Moritz Leuenberger. Ce dernier a en effet choisi de s'exprimer très ouvertement, sur son blog personnel, au sujet de cette anecdote survenue l'été dernier en ville de Zurich et révélée par la presse il y a quelques jours.

Les premières réactions se sont focalisé sur la faute professionnelle du policier – le «monsieur sympathique» – qui aurait dû verbaliser le conseiller fédéral au même titre que n'importe quel citoyen. Les lecteurs qui ont le bon goût de n'être que moyennement démocrates accueilleront cette critique avec un haussement d'épaules.

En réalité, cette péripétie futile offre plutôt quelques occasions de se réjouir. Parce qu'un pays où un membre du gouvernement peut ainsi aller faire ses courses sans escorte policière est encore un heureux pays. Parce que l'on constate que la plus grande métropole de Suisse reste parfaitement accessible en voiture. Mais aussi parce que – et c'est bien sûr la première idée qui nous est venue à l'esprit – il est délicieusement amusant d'apprendre que le ministre qui veut augmenter massivement le prix de l'essence et installer des péages urbains pour obliger les citoyens à utiliser les transports publics se déplace lui-même en voiture pour se rendre en ville. Et que l'on ne vienne pas nous dire qu'il s'agit d'un cas isolé puisque M. Leuenberger avoue lui-même: «En tant qu'automobiliste, on ne me ménage pas. J'ai déjà payé un bon nombre d'amendes à Zurich.» Ce qui signifie aussi, accessoirement, que c'est de façon régulière et répétée qu'il enfreint les règles de la circulation.

Enfin, toujours dans ces fameuses confessions électroniques empreintes d'une déconcertante naïveté, on lit que M. Leuenberger a tenté de se justifier face à son interlocuteur: «Au cours de la conversation, j'ai dit que je n'avais pas à payer de taxe de stationnement puisque j'effectuais un transport de marchandises.»

Relisez cette dernière phrase. Pincez-vous pour voir si vous êtes bien réveillé. Est-ce à dire que les personnes qui prévoient de revenir à leur voiture avec au moins un livre dans les mains sont désormais dispensées de verser leur obole à l'horodateur local? Et dispensées aussi, logiquement, de toute taxe et de tout péage? Eh bien… Voilà une idée qui promet réellement de redynamiser le commerce au centre-ville, encore bien mieux que n'importe quel city management!

(Le Coin du Ronchon, La Nation du 1er février 2008)