Vive Pipilotti Rist!
Grande artiste, petits journalistes
La raison essentielle de la nomination de la dénommée Pipilotti Rist au poste de directrice artistique de l'Expo 2001 était certainement l'espoir que nous la critiquions ici même. Eh bien nous n'en ferons rien. Nous dirons même que cette jeune artiste bricole et barbouille avec un talent remarquable. Non que ce soit beau, peu importe, mais ça se vend, et ça se vend bien, et ça se vend cher. Y a-t-il plus parfait talent?Surtout, cette Pipilotti Rist apparaît grande, très grande, immense même, à côté de la petitesse, de la bassesse complaisante, de la servilité grotesque des journalistes chargés d'en faire l'éloge. Ils n'ont peut-être rien vu d'elle, ou juste quelques gribouillages aux couleurs criardes, quelques formes déformées, quelques images psychédéliques. Ils n'en demandent pas plus pour s'appesantir lourdement en compliments épais, en dithyrambes débiles, en conformismes entendus: «Voilà une baffe d'audace tant d'audace laisse baba» (L'Hebdo), une artiste «qui transcende les frontières de l'art» (Le Nouveau Quotidien), «Heidi de l'an 2001» (24 heures). Et il y en a comme ça des kilomètres à s'écrouler de rire.
Surfant sur internet pour qu'on dise d'elle qu'elle est branchée, Pipilotti Rist réussit ainsi à faire mentir La Fontaine: c'est elle qui vit aux dépens de ceux qui la flattent.
Gageons qu'elle en vit bien. Vive elle!
(Le Coin du Ronchon, La Nation du 15 août 1997)