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vendredi 15 février 2008

Pétard mouillé

Du Grütli à Sedelnikovo

On se souvient du terrible attentat qui avait assombri la commémoration de notre fête fédérale, le 1er août de l'année dernière, sur la prairie du Rütli – toponyme que les francophones traduisent volontiers par «Grütli». Ce jour-là, un gros pétard avait en effet sauté dans l'herbe après le départ des personnalités et du public, soulevant une motte de terre de plusieurs centimètres et une vague d'indignation médiatique face à cette nouvelle manifestation de violence de l'extrême-droite xénophobe.

Il y a quelques jours, la presse a révélé, avec un mélange de gêne et de discrétion, que le principal suspect arrêté par la police est un étranger d'origine asiatique, sans aucun lien avec des mouvements d'extrême-droite. D'un point de vue strictement logique, cela n'est pas très surprenant puisque les organisateurs avaient invité de nombreux étrangers et interdit l'accès aux extrémistes de droite. Mais pour nos journalistes, ce n'est pas de chance puisque cette affaire vient désormais rejoindre le thème politiquement incorrect mais néanmoins quotidien des actes de violence commis par des immigrés.

Certains suggèrent que les Suisses, du fait de leur manque d'ouverture et de leur racisme latent, sont responsables de la criminalité étrangère. Cette opinion fort respectable reste très minoritaire si l'on en croit un récent sondage où plus de deux tiers des personnes interrogées estiment que les délinquants étrangers devraient être expulsés de Suisse. Vox populi, vox Dei.

Mais comment faire lorsque des considérations juridiques s'opposent au renvoi de ces personnes vers leur pays d'origine, à supposer que l'on puisse identifier ce dernier? La solution nous vient d'Allemagne. Le mois passé, les services sociaux du Land de Hesse ont expédié un jeune délinquant multirécidiviste vivre une «expérience éducative» de neuf mois dans le village de Sedelnikovo, au fin fond de la Sibérie. La Suisse a déjà entrepris de suivre cet exemple puisque – on l'a lu il y a deux semaines dans La Nation – le conseiller national Andreas Gross a été envoyé là-bas sous le prétexte d'y surveiller des élections dont les résultats étaient déjà connus (heureuse démocratie!). Il ne reste donc plus qu'à institutionnaliser maintenant cette pratique, à rédiger une liste de noms et à affréter quelques trains.

(Le Coin du Ronchon, La Nation du 15 février 2008)