Contre les démocrates
Qui a dit que les élèves n'apprenaient plus rien d'utile en classe? Récemment, un maître d'école argovien a emmené toute sa classe au poste de police à Baden pour y déposer une plainte pénale contre le parti des Démocrates Suisses. Le tract où ces derniers demandaient «de meilleures écoles pour les enfants suisses» pourrait tomber sous le coup de la loi antiraciste, estime l'enseignant.Le journal L'Agefi, qui manifeste toujours une grande indépendance d'esprit vis-à-vis du sens des mots et de leur orthographe, rendit compte de l'affaire sous le titre: «Une classe s'attaque aux démocrates».
Peut-être a-t-on voulu faire une fausse joie aux antidémocrates, qui imaginaient déjà une alignée de petits écoliers bien sages étudiant La Nation et les Cahiers de la Renaissance vaudoise, décrétant la faillite du système partisan et réclamant à leur professeur la restauration d'un pouvoir personnel. Ou alors une vraie frayeur aux individus bien pensant, qui se représentaient avec épouvante une horde de jeunes néonazis agressant de paisibles citoyens respectueux de la volonté populaire, ou une ribambelle de petits Milosevic perpétrant quelque odieux génocide autour d'un bureau de vote...
Mais on peut aussi supposer que L'Agefi ait décidé de conférer un vernis de respectabilité aux Démocrates Suisses en les identifiant aux démocrates tout court. Ou que ce raccourci n'ait trahi la véritable pensée de ses rédacteurs, qui assimilent inconsciemment la démocratie au Mal absolu. Ou encore que ce grand journal financier vit à l'heure de la mondialisation et ne fait plus la différence entre un démocrate suisse et un démocrate américain.
A moins bien sûr que les journalistes de L'Agefi ne comprennent plus le sens des mots. Pas plus que les Démocrates Suisses et les enseignants argoviens.
(Le Coin du Ronchon, La Nation du 9 mars 2001)