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vendredi 4 octobre 2002

Le sans-papier de la ville, qui fume du cannabis, et le clandestin des champs, qui cultive du chanvre

Pauvre Broye! Elle reste loin de la capitale et a des fois l'impression d'être oubliée par les autorités. Alors ces dernières font des efforts et y envoient leurs pandores, qui débarquent dans les champs pour y traquer les clandestins. Ce sont d'ailleurs quasiment les seuls clandestins qui sont inquiétés dans le canton, peut-être parce qu'ils bossent dur et qu'ils ne restent que quelques semaines. Les Portugais, qui venaient autrefois travailler légalement chez nous, préfèrent aujourd'hui rester chez eux. Ayant atteint un niveau de vie comparable au nôtre, ils font désormais venir de pauvres Ukrainiens pour cultiver leurs champs. Quant à nos paysans, ils doivent engager de pauvres Polonais qui viennent cultiver nos terres pendant qu'ils font cultiver les leurs par des Russes encore plus pauvres.

Mais même avec des travailleurs clandestins, nos paysans ont de la peine à écouler leurs produits. Le tabac par exemple, partout montré du doigt parce qu'il nuit gravement à la santé. Alors ils se reconvertissent dans d'autres cultures, qui nuisent aussi à la santé mais qui rapportent plus. C'est ainsi qu'on voit maintenant apparaître de vastes champs de chanvre, surveillés par des chiens et des miradors pour empêcher que des cohortes de toxicomanes ne viennent y faire des cueillettes sauvages. La gendarmerie, elle aussi, va faire sa cueillette. Elle y ramasse à la pelle les étrangers qui travaillent sans permis, les patrons qui emploient du personnel au noir et qui cultivent de la drogue, et les promeneurs qui sortent des champs avec des sacs plein d'herbe.

Ce n'est vraiment pas de chance! Avec les sans-papiers et le cannabis, la Broye croyait miser sur des "valeurs" en vogue, des concepts hyper "branchés" recueillant l'attention bienveillante des politiciens. Mais loin de la capitale, ça ne rapporte apparemment que des ennuis.

(Le Coin du Ronchon, La Nation du 4 octobre 2002)