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vendredi 4 avril 2003

Contre la guerre!

Pour le soleil, le printemps, la lutte des classes!

Pendant que les missionnaires du président Bush mettent l'Irak à feu et à sang, les régiments de l'internationale pacifiste mettent à sac quelques capitales européennes. Policiers bombardés de projectiles, bâtiments souillés, vitres brisées, magasins pillés, autant de manières d'exprimer son opposition à la violence!

Chez nous, heureusement, les manifestations sont plus calmes, les déprédations plus mesurées. Le matin où les premières bombes sont tombées sur Bagdad, le soleil, ici, incitait à la promenade et à la flânerie. Des écoliers d'un peu partout et de tous les niveaux ont donc tout bonnement quitté leur classe pour aller défiler dans la rue.

Leur principale revendication? L'un des leurs l'a dit à la télévision: «ne pas être punis pour avoir quitté l'école!» Une noble cause, donc. Et le présentateur du téléjournal de leur répondre que, puisqu'ils étaient si nombreux, ils seraient sûrement entendus. Dans certaines écoles, on a appris par la suite que c'étaient les enseignants eux-mêmes qui avaient entraîné les enfants dans des manifestations.

Les cortèges ont été rapidement encadrés et récupérés par la jungle des mouvements de gauche: puisqu'il paraît que Saddam embrigade les enfants dès leur plus jeune âge, il n'y a pas de raison de ne pas utiliser les mêmes méthodes ici! Pour ceux qui en doutaient, L'Hebdo s'est plu à dépeindre des gymnasiens lausannois partis manifester «au son des djembés et dans l'odeur des joints». Des jeunes «politisés» qui veulent «donner des informations sur la mondialisation et le capitalisme, et montrer les liens entre le World Economic Forum ou le G8 et la politique actuelle de Bush en Irak». Des jeunes qui distribuent des autocollants «pas de paix entre les classes» et qui «affichent leurs positions sur les parois du train à grand renfort de faucilles et marteaux»! Des jeunes enfin dont la «prise de conscience» trouve son origine dans les livres de Jean Ziegler... Tout un programme! Le plus savoureux est d'apprendre qu'ils «craignent d'être manipulés et récupérés politiquement»! Sans blâââgue!

Ici, le soleil brille et les élèves se promènent. Ils ne savent pas forcément où se trouve l'Irak, mais il savent qu'ils n'ont pas envie de retourner en classe. Comme il s'agit quand même d'heures de cours, ils récitent en chœur les vers scandés par leurs nouveaux maîtres: «Tous ensemble! Tous ensemble...» Quelques uns sont ensemble pour gribouiller des marteaux et des faucilles, et tous les autres sont ensemble juste parce qu'il fait beau et que c'est le printemps. Pascal Couchepin appelle ça «des jeunes qui développent leur sens critique»!

(Le Coin du Ronchon, La Nation du 4 avril 2003)