Selon que vous serez riches ou misérables...
Le journal du Touring Club Suisse du 12 août confirme cette ahurissante information, entendue à la radio il y a quelques semaines: dans le canton d'Uri, un automobiliste qui avait été «flashé» à 116 km/h sur un tronçon d'autoroute limité à 80 km/h a été condamné à une amende de 25'000 francs! Les juges cantonaux ont en effet estimé que l'amende pour «faute grave» devait être proportionnelle au revenu, l'automobiliste en question se trouvant être un homme d'affaires aisé. Ils ont donc revu à la hausse le montant initial de 900 francs, n'hésitant pas à le multiplier par 27. Le Tribunal fédéral leur ayant reproché de s'être fondés sur le revenu brut au lieu du revenu net, ils devront maintenant rabaisser quelque peu leurs prétentions, mais en restant tout de même dans un ordre de grandeur astronomique.Dans de nombreux cas, les limitations de vitesse inférieures à 100 km/h sur les autoroutes ne sont pas objectivement justifiables: on affiche 80 pour être sûr que la plupart des véhicules roulent à 100. Sanctionner un conducteur qui «fonce» à 116 km/h relève assurément de l'application normale de la loi - eh oui: le risque de radar doit être évalué au même titre que tous les autres risques lorsqu'on veut faire de la vitesse! En revanche, considérer a priori ce conducteur comme un dangereux criminel est... disons: «légèrement hypocrite» - mais dans la ligne de la morale écologiste qui considère la mobilité individuelle en soi comme une grave déviance sociale. Quant à piller l'automobiliste en question parce qu'on a découvert qu'il est un «salaud de riche», voilà qui donnera aux magistrats une aura de héros auprès des militants socialistes de base - du moins ceux qui ont des revenus modestes.
Et le journal du TCS de conclure benoîtement: «Vu la situation des caisses étatiques, il ne serait guère surprenant de voir les tribunaux pénaux examiner dorénavant de plus près la situation financière de leur clientèle.» Le Département cantonal des finances envisage-t-il de s'équiper de ses propres radars?
(Le Coin du Ronchon, La Nation du 20 août 2004)