La santé à un prix inabordable
Au menu des votations fédérales du 18 mai prochain figurent toute une série d'initiatives issues des milieux de gauche. Une qui risque hélas de séduire de nombreuses personnes est celle trompeusement intitulée «La santé à un prix abordable». Cette initiative socialiste repose sur deux axes, tous deux inacceptables: l'étatisation et la centralisation d'une part, et le remplacement de l'assurance-maladie par un impôt de santé proportionnel au revenu et à la fortune.
Etatisation et centralisation, car la Confédération se verrait habilitée à réglementer la médecine de pointe, à coordonner les planifications sanitaires cantonales, à instaurer des régimes d’autorisations pour les fournisseurs de prestations, à imposer des contrôles de qualité, à apprécier le volume des prestations fournies et à édicter des mesures complémentaires tendant à la maîtrise des coûts. L’assurance-maladie serait effectuée par des établissements d’utilité publique qui recevraient, pour chaque assuré, les moyens financiers nécessaires provenant d’un fonds commun. Les excédents devraient être ristournés aux assurés.
Au moins 50% du financement proviendrait des primes payées par les assurés, le reste devant être obtenu par des points supplémentaires de TVA. Les primes des assurés, contrairement à la pratique actuelle, seraient calculées en fonction du revenu et de la fortune réelle et en tenant compte des charges familiales.
Cette dernière innovation permet à la gauche de mener une campagne bien populiste en promettant à de nombreuses personnes modestes qu’elles paieront moins cher leur assurance-maladie puisque dorénavant on fera «payer les riches». Certains contribuables aisés pourraient en effet être amenés à payer des primes de plusieurs millions de francs! Et cela uniquement pour l’assurance de base, c’est à dire pour des services rigoureusement identiques à ceux dont bénéficie n’importe quel autre citoyen! En arrivera-t-on à vendre le kilo de pommes plus cher lorsque le client est riche?
Outre l’injustice scandaleuse d’une telle mesure, il faut voir qu’elle constitue une déresponsabilisation complète des assurés. Personne n’aura plus aucun intérêt à limiter sa consommation de soins: ni les riches qui paieront des primes énormes et voudront donc en avoir pour leur argent, ni les pauvres qui n’auront de toute manière que peu à payer. Ce n’est en tous cas pas ainsi qu’on va diminuer les coûts de la santé!
On peut encore ajouter que les primes d’assurance-maladie seraient certainement uniformisées dans toute la Suisse. Les cantons qui savent maîtriser leurs dépenses de santé seraient ainsi obligés de payer pour les cantons urbains où ces mêmes dépenses explosent. Les «bons élèves» seraient punis et la déresponsabilisation des assurés s’en trouverait encore amplifiée!
Certains modèles étrangers montrent assez l’inefficacité ruineuse à laquelle on peut aboutir en suivant la voie de l’étatisation. Avec l’augmentation de la TVA pour tous et l’augmentation des primes pour un grand nombre d’assurés, l’initiative socialiste «La santé à un prix abordable» porte décidément un titre bien mensonger. Coûteuse, centralisatrice, injuste et populiste, elle mérite un NON cinglant.
(La Nation n° 1701, 7 mars 2003)