L'honneur perdu de la TSR
La malhonnêteté intellectuelle est un droit de l'homme. C'est ce qu'on a appris il y a quelques jours, lorsque la Cour européenne des droits de l'homme de Strasbourg a donné raison au journaliste de la TSR Daniel Monnat, auteur du tristement célèbre «documentaire» intitulé «L'honneur perdu de la Suisse», chef d'uvre de partialité et de manipulation des faits, qui avait été condamné comme tel par l'Autorité indépendante d'examen des plaintes en matière de radio et télévision (AIEP), puis par le Tribunal fédéral.Les juges de Strasbourg, payés pour faire sentir à chaque Etat prétendument souverain à quel point il ne l'est plus, ont été trop heureux de prendre le contre-pied des verdicts helvétiques. D'ailleurs, lorsque l'on parle des «droits de l'homme», on sait bien que ce dernier terme désigne plus volontiers un journaliste militant de gauche qu'un téléspectateur lambda, lequel n'a que deux droits: payer sa redevance et se taire.
Il va sans dire le journaliste en question qui continue aujourd'hui son travail de désinformation en animant une émission dominicale très orientée a aussitôt rameuté tous ses petits copains pour donner un maximum d'écho à l'affaire. Son avocat, Me Charles Poncet, a aussi profité de cette nouvelle occasion de s'épancher dans les médias; il a notamment affirmé que «la Suisse est un pays médiocre en matière de liberté d'expression» ce qui est hélas vrai et que «si vous avez une opinion qui dérange (...), le système s'emploie à vous fermer votre gueule!» ce qui est aussi vrai, malheureusement. On s'étonne seulement à l'idée que la principale victime de cette censure puisse être l'intelligentsia médiatique qui contrôle la totalité des chaînes de radio et de télévision publiques, en même temps que l'écrasante majorité de la presse écrite.
Chacun pourra tout de même se réjouir d'apprendre que, grâce à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, il pourra désormais affirmer tout ce qu'il veut au sujet de la Deuxième Guerre mondiale, sans même avoir à se soucier d'objectivité ou de vérité, puisque les juges de Strasbourg défendront sa liberté d'expression.
(Le Coin du Ronchon, La Nation, 29 septembre 2006)