Décryptage
N'allez surtout pas dire à un journaliste que son métier consiste à retranscrire la réalité le plus fidèlement possible. Les gens de cette corporation se font une idée un peu plus prestigieuse de leur rôle dans la société par exemple: lutter contre le mal, encourager la démocratie et la tolérance. Et s'il leur arrive de transmettre de l'information, c'est toujours avec de la valeur ajoutée. L'information doit être mise en perspective, analysée. Elle doit être soigneusement triée. Elle doit être décryptée.Le décryptage est une activité que les journalistes affectionnent tout particulièrement. Pas le décryptage des communications radio, mais celui de la réalité. Car la réalité est complexe. Le simple pékin n'y comprend que dalle; ce qu'il croit voir ou percevoir n'est pas la vraie réalité. Heureusement, les médias sont là pour l'aider à comprendre, à trouver la vérité, à la décrypter. Lorsqu'on nous annonce de nouveaux reportages sur MM. Sarkozy, Le Pen, de Villiers ou Blocher, on nous annonce toujours un décryptage. Le décryptage permet d'insister sur l'idée que ces individus ont une stratégie secrète, cachée, un langage codé; un bon décryptage doit dissuader les électeurs de voter pour eux.
On note que cette technique de pointe est appliquée surtout à la droite. Les politiciens de gauche, sincères, francs, limpides, ouverts vers l'avenir et le progrès, n'ont pas besoin de cela. On ne décrypte pas Ségolène Royal, Micheline Calmy-Rey ou Géraldine Savary. Peut-être parce que la version décryptée serait moins flatteuse. Ou parce qu'il n'y a vraiment rien à comprendre. Mais surtout parce qu'elles sont de gauche, bien sûr. «Votez à gauche!», voilà en version décryptée le message que nous délivrent les médias.
(Le Coin du Ronchon, La Nation, 13 avril 2007)