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vendredi 11 mai 2007

Défense de l'arrière-garde

Un élu vaudois faiblement illuminé a écrit quelque part que l'initiative «La Parole aux Communes» constituait un «combat d'arrière-garde». La belle affaire!

Le «combat d'arrière-garde», on le sait bien, est la planche de salut de celui qui se trouve démuni de tout argument sérieux. Il est le «couteau suisse» du prêt-à-penser intello-journalistique, pratique en toute occasion et pliable d'une seule main, le produit miracle qui salit tout, efficace sur tous les sujets, d'un excellent rapport qualité-prix et en action jusqu'au 17 juin dans votre rédaction habituelle!

Mais a-t-on songé à tout le mépris que renferme cette habile formule? Pour quelle obscure raison dénierait-on a priori à l'arrière-garde le droit de combattre? Sans entrer dans des considérations tactiques trop détaillées, on doit convenir que l'arrière-garde est rarement une force d'attaque; si elle combat, c'est que l'avant-garde a été décimée, ou que quelques tristes sires attaquent par l'arrière. Si elle combat, c'est pour se défendre. Or c'est sur ce droit à l'autodéfense que de beaux parleurs – convaincus de former l'avant-garde – tentent aujourd'hui de jeter l'opprobre.

Si donc l'«arrière-garde» est aujourd'hui obligée d'intervenir en faveur du droit de référendum des communes, c'est parce que ceux qui aiment à se placer aux premiers rangs se sont allégrement laissés piétiner. Les notables qui usent et abusent de cette expression qu'ils imaginent diffamatoire ne voient-ils pas qu'ils s'accusent eux-mêmes de pleutrerie et de couardise?

(Le Coin du Ronchon, La Nation du 11 mai 2007)