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vendredi 18 juillet 2008

Qui a peur de l'islam?

Une initiative populaire vient d'être déposée à la Chancellerie fédérale, qui demande l'interdiction de construire des minarets en Suisse. Le sujet est d'actualité puisque plusieurs de ces édifices apparaissent actuellement outre-Sarine.

Il vaudra sans doute la peine de revenir sur le fond de cette initiative. Pour le moment, on se bornera à remarquer la panique totale qu'elle suscite dans le microcosme bien pensant des médias et de la politique: le jour même du dépôt, le Conseil fédéral s'est fendu d'un communiqué pour dire tout le mal qu'il fallait en penser. Les journalistes en ont fait leurs gros titres, toujours pour la condamner en des termes virulents. D'obscurs professeurs d'éthique ont été appelés à la rescousse pour apporter un avis scientifique et définitif sur la question – en accusant au passage le fédéralisme et en plaidant pour une centralisation des compétences religieuses entre les mains de la Confédération!

Ce qui frappe, c'est le motif systématiquement invoqué à l'appui de ces réactions: comment le monde musulman va-t-il réagir? Les pays musulmans vont-ils protester? Les populations musulmanes, chez nous et ailleurs, vont-elles se livrer à des actes de violence? La Suisse deviendra-t-elle la cible d'Al-Qaida? Que risquons-nous si nous acceptons une telle initiative? Ou même simplement si nous acceptons que le peuple se prononce à son sujet?

Le ton est donné: l'officialité a peur. Elle a peur de l'islam, au moins autant que les auteurs de l'initiative en ont peur. Et elle en a même davantage peur puisqu'elle estime dangereux que l'on puisse débattre de questions susceptibles de fâcher les fidèles de cette religion.

(La Nation n° 1841, 18 juillet 2008)