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vendredi 3 juillet 2009

L'Hebdo, un courriel

Ceux qui ont eu l'occasion d'étudier des textes anciens se souviennent certainement de pages comprenant à peine quatre ou cinq lignes de l'œuvre, suivies d'une kyrielle de notes dites «de bas de page» bien que couvrant les deux tiers de la surface de celle-ci. On constate qu'il n'en va pas différemment des textes modernes diffusés par voie de courrier électronique. Dans le monde professionnel en particulier, des impératifs pratiques ont conduit à ajouter automatiquement à la fin de chaque courriel le nom de l'expéditeur, ses fonctions au sein de la société, ses coordonnées complètes (téléphone de la société, ligne directe, téléphone mobile, téléfax, adresse électronique, adresse postale, boîte postale, localité, compte de chèques postaux, numéro de TVA, etc.), puis diverses mises en garde de nature juridique (ce message n'engage que la responsabilité de son auteur, veuillez détruire ce message si vous l'avez reçu par erreur, etc.) ou écologique (pensez à l'environnement avant d'imprimer ce message).

Ainsi, lorsque l'employée X écrit à son collègue Y: «Tu viens manger à midi?» et que ce dernier répond: «Ok, ça marche!», chacun des deux messages est suivi d'une vingtaine de lignes affichées automatiquement, de sorte que le tout occupe déjà l'équivalent de deux pages A4 – que la secrétaire Z déroule avec ahurissement avant de repérer les deux phrases originales et de comprendre pourquoi Y lui a transféré ce courriel.

Il va de soi que personne ne lit ces kilomètres de logorrhée électronique puisqu'ils sont les mêmes sur tous les messages. Avec 5% de contenu intéressant et 95% de remplissage ennuyeux, la structure standard du courriel est ainsi quasiment la même que celle d'un hebdomadaire romand dans lequel on ne regarde jamais rien d'autre que les cinq vignettes d'un excellent dessinateur.

(Le Coin du Ronchon, La Nation du 3 juillet 2009)