Sots de puces
Les médias parlent toujours plus des animaux. Nous devons cette étonnante découverte aux chercheurs du département de sociologie de l'Université de Genève, mandatés par l'Office vétérinaire fédéral. Leur constat se vérifie aisément puisque, pas plus tard qu'il y a deux semaines, nous vous entretenions ici même de la manière dont le produit de nos impôts sert à financer des études sur la pacification des étables à chèvres. Les chèvres sont des animaux, La Nation est un média, cqfd.Aujourd'hui, donc, nous vous révélons que la Confédération a chargé des sociologues de recenser et d'analyser trente ans de coupures de presse parlant des animaux et d'interroger la population sur ce même sujet (celui des animaux, pas celui du gaspillage des deniers publics). Tout cela afin de savoir ce que les gens pensent de nos amies les bêtes et d'acquérir ainsi les données indispensables pour qu'un office vétérinaire puisse mener à bien ses missions.
Les sociologues ont donc entrepris très sérieusement (vraiment?) de cataloguer les «représentations animales» dans les médias: l'animal perçu comme un danger obtient 36%; l'animal montré comme une vedette arrive en deuxième place avec 32%. Le rapport épilogue longuement sur cette ambivalence amour-haine, ami-ennemi, etc. On nous parle des chiens méchants, des prédateurs chouchoutés par Pro Natura, de la vache folle, de la grippe aviaire puis porcine, mais aussi de Knut, l'ourson «trop chou» (sic) du zoo de Berlin. On ne nous dit pas un traître mot de l'animal dans la bande dessinée vous n'y pensez pas: c'eût été intéressant et amusant! , on ne nous dit pas non plus comment les animaux, eux, parlent des médias, mais on nous assène en revanche la «gestion de la relation humain-animal-territoire» et la «dignité de l'animal» avant de conclure par une formule piteuse qui révèle à quel point les chercheurs n'ont vraiment rien trouvé du tout: «L'animal est incontestablement une figure médiatique incontournable on en parle plus aujourd'hui qu'il y a trente ans. Le projet de recherche détaille toute la complexité des représentations animales dans notre société des représentations contrastées, souvent contradictoires, jamais indifférentes.»
Résumons: on a découvert qu'il y a des petites et des grosses bêtes, que les petites pèsent moins lourd que les grosses et que de toute manière elles n'ont pas toutes la même couleur. La science a encore fait un grand bond en avant. Légèrement plus grand que celui de l'escargot. Beaucoup moins grand que celui de la puce. Nettement moins haut que celui du contribuable.
(Le Coin du Ronchon, La Nation du 5 juin 2009)