A l'unisson pour nous faire chanter
Accord parfait autour de la reine des arpèges
La musique adoucit les meurs, chanter c'est joli, jouer du cornet c'est sympa. Donc (sur le ton du cqfd): la Confédération doit s'en occuper. Edicter des kilos de lois et d'ordonnances. Créer un office fédéral de la musique. Engager une multitude de fonctionnaires. Organiser des concerts et des contrôles. Venir jusque dans notre salon pour vérifier si nous sifflons bien les airs recommandés par le Musikbureau. Du moment que la musique c'est bien, ça doit forcément être fédéral car la Confédération doit promouvoir le Bien. (Si c'était mal, ce serait aussi une tâche fédérale car la Confédération doit lutter contre le Mal.)En termes constitutionnels, cela donne: «La Confédération et les cantons encouragent la formation musicale, en particulier des enfants et des jeunes. La Confédération fixe les principes applicables à l'enseignement de la musique à l'école, à l'accès des jeunes à la pratique musicale et à l'encouragement des talents musicaux.» Telle est l'initiative populaire déposée en décembre dernier à la Chancellerie fédérale, munie de 154'000 signatures. Il aurait pu y en avoir beaucoup plus puisque tout le monde est d'accord. Comment pourrait-on être contre la musique? L'initiative jouit du soutien des parlementaires fédéraux depuis tout à gauche jusque tout à droite; même le barde Freysinger en est. Ce qui fait écrire à une journaliste dithyrambique que la Coupole fédérale «regorge de mélomanes» et que la conseillère aux Etats Christine Egerszegi-Obrist, auteur de l'initiative, est «la reine des arpèges». Une reine à la Chambre des cantons, rien que ça!
Par analogie, puisque tout citoyen helvétique doit être capable de s'habiller convenablement, de veiller quotidiennement à son hygiène et d'arroser ses plantes vertes quand il le faut, et comme la «nécessité d'agir» dans ces divers domaines (afin d'éliminer les inégalités) convaincra évidemment une écrasante majorité de politiciens empressés et de journalistes vétilleux, nul doute que nous aurons un jour, à Berne, un prince du nud de cravate, un pape de la brosse à dents et un empereur de l'arrosoir, tous entourés du même parterre de conseillers convaincus.
(La Nation, le Coin du Ronchon, 16 janvier 2009)