L'Europe de papa, c'est fini!
Christophe Blocher, Philippe Meirieu, même combat
«L'Europe ne fait plus rêver les jeunes Suisses». C'est écrit dans le Temps du 31 octobre, donc ça doit être vrai. Voilà qui ne va pas faire plaisir à ceux qui étaient nés le 7 décembre, relégués désormais au rang de vieux schnocks.On imagine le désespoir des journalistes lorsqu'ils ont entendu Jonathan: «Si on entre dans l'Europe, ça va coûter cher. Je pense que les autres pays nous veulent pour cela, et qu'on ferait mieux de garder notre argent.» Et Loïc, 17 ans, coiffure hirsute: «Il faudra aussi adopter l'euro, et c'est une monnaie qui n'arrête pas de se casser la figure. En fin de compte, il y a peut-être plus à y perdre qu'à y gagner.» Et encore Saad, jeune Marocain: «En Suisse, on s'est toujours démerdés seuls, pourquoi on aurait besoin des autres maintenant?»
Comment en est-on arrivé là? Comment expliquer que nos jeunes se montrent moins jeunes que leurs aînés? Les journalistes, heureusement, ont trouvé: «Moins le niveau scolaire est élevé, plus le scepticisme est grand». Cela rejoint d'ailleurs ce qu'on nous expliquait à l'Université après le refus de l'EEE: les intellectuels sont ouverts, ce sont les gens peu instruits qui votent contre l'Europe.
On comprend tout: ce n'est pas le populisme de Blocher qui marque des points, ce sont les réformes scolaires qui progressent, et concomitamment l'instruction de base qui régresse. En même temps que «l'école de papa», «l'Europe de papa» a disparu au fond des poubelles de l'histoire. Merci EVM!
(Le Coin du Ronchon, La Nation du 17 novembre 2000)