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vendredi 18 mai 2001

L'humanitaire blindé

Qu'on nous haïsse, pourvu qu'on nous craigne...

Nous avons pu lire dans Construire et dans Le Temps des reportages sur la formation dispensée aux membres de la Croix-Rouge qui vont être envoyés en mission dans des pays en guerre. Des exercices réalistes se déroulent dans la campagne genevoise, où ces hommes et ces femmes apprennent comment se comporter face à des militaires soupçonneux, des maquisards agressifs, des situations tendues, des scènes de violence.

On découvre ainsi, contrairement à ce qu'insinuent parfois les journalis-tes et politiciens bien-pensants, que l'aide humanitaire, dans laquelle la Suisse s'est spécialisée, n'est pas une planque ou une solution de facilité, tant s'en faut. Et que notre pays n'a vraiment pas besoin de faire de la surenchère pour "manifester sa solidarité".

On découvre aussi que les gens du CICR se sortent le plus souvent de ces situations par la psychologie, en montrant qu'ils ne sont pas armés, qu'ils ne constituent pas un danger, qu'ils sont prêts à aider de manière désintéressée toutes les parties en cause. L'article de Construire précise même ce que Le Temps omet prudemment de rappeler, à savoir que les collaborateurs de la Croix-Rouge répugnent à être protégés par des soldats, une telle protection restant exceptionnelle.

Cette conception de l'aide humanitaire doit sembler bien étrange au conseiller fédéral Samuel Schmidt, lui qui rêve de soldats humanitaires moins psychologues mais mieux armés (pour être prêts à riposter s'ils sont attaqués), caracolant à bord de chars blindés aux côtés des armadas les plus puissantes du monde (pour limiter le risque d'être attaqués). Qu'on nous haïsse, pourvu qu'on nous craigne…

(Le Coin du Ronchon, La Nation du 18 mai 2001)