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vendredi 17 avril 2026

Après le loup et l'ours, le crocodile

Illustration

C'était mieux avant! Cette maxime universelle et intemporelle réunit une grande partie des êtres humains, souvent par-dessus leurs orientations personnelles. On en veut pour preuve que cet attachement à un passé décidément plus convenable que le présent rapproche parfois, voire (trop) souvent, la droite conservatrice et la gauche écologiste. La différence réside dans le passé auquel on se réfère. Les uns, qui veulent protéger les populations autochtones, se réfèrent, en gros, au siècle passé, avant l'immigration extra-européenne. La nostalgie des autres, qui n'aiment pas les êtres humains, remonte à au moins 300'000 ans, avant l'apparition de l'homo sapiens; voire plus loin encore, aux cinq premiers jours de la Création, avant l'arrivée d'Adam et Eve. Il n'empêche que, lors de certaines votations de l'époque moderne, ces deux groupes peuvent se retrouver paradoxalement du même côté – face à ceux, libéraux ou socialistes, qui ont foi dans le Progrès, dans les lendemains qui chantent et dans le sens (unique) de l'Histoire. Encore que… il est aussi possible de se languir des temps où l'économie privée était respectée, ou de ceux où la lutte des classes faisait rage.

Toute cette longue digression nous est venue à l'esprit au moment de constater que les partisans d'un contrôle plus strict des frontières et ceux qui revendiquent davantage de biodiversité pourraient prochainement se trouver un nouveau terrain d'entente. En effet, si l'on en croît la presse, le gouvernement de l'Inde «étudie sérieusement le déploiement de reptiles le long de sa frontière avec le Bangladesh pour prévenir les flux migratoires». Il est question notamment de crocodiles et de serpents. Les deux extrémités de la scène politique suisse s'inspireront-elles de cet exemple pour revendiquer, de concert, de nouveaux biotopes protégés et protecteurs sur le pourtour du territoire confédéral?

(Le Coin du Ronchon, La Nation n° 2303, 17 avril 2026)