Une majorité de mineurs opprimés par une minorité de majeurs
Infantilisme ou gâtisme?
La Suisse bafoue les droits de l'enfant. Cette épouvantable nouvelle a été révélée par l'UNICEF, qui a interrogé 12'800 enfants de 9 à 16 ans dans notre pays. Les résultats sont accablants:A la maison, la moitié des enfants interrogés s'estiment associés aux décisions qui les concernent. Lorsque la décision touche aussi les parents, comme le choix des vacances, la proportion tombe à un enfant sur trois. A l'école, ils ne sont plus que 39% à estimer avoir voix au chapitre. Ils ont de l'influence sur l'aménagement de la salle de classe, mais guère de poids sur les notes et l'enseignement. Enfin, à l'échelon de la commune et dans la vie publique en général, leurs moyens de participation s'avèrent quasi inexistants. (...) Pour l'UNICEF, ces résultats montrent que la Convention de l'ONU sur les droits de l'enfant est appliquée de manière encore lacunaire au niveau communal et cantonal, six ans après sa ratification par la Suisse.
Les esprits cyniques appréhenderont cette révélation d'un point de vue positif: on savait déjà que la Suisse ne respectait pas les droits de la femme, on découvre aujourd'hui qu'elle ne respecte pas non plus les droits de l'enfant, et l'on en déduit donc naturellement que nous sommes très forts sur les droits de l'homme.
Heureusement, il y a aussi des âmes sensibles. Savoir que les élèves ne peuvent pas choisir eux-mêmes ce qu'ils veulent faire en classe, ni déterminer eux-mêmes les notes auxquelles ils ont droit, voilà qui fait froid dans le dos. Surtout en plein mois de février. Ce sont les droits les plus sacrés de l'être humain qui sont ainsi violés. Du moins tels qu'ils sont conçus dans la Convention de l'ONU sur les droits de l'enfant.
Saviez-vous que la Suisse avait signé cette convention? Non bien sûr. Personne n'en a parlé à l'époque, car personne n'aurait de toute manière osé s'y opposer, sous peine de passer pour un monstre, un bourreau ou un pédophile. Une convention sur les droits de l'enfant, on la signe et on la ratifie en vitesse, sans la discuter, sans même la lire car on ne saurait rien refuser à nos mignons bout'chous adorables! Y compris en matière de droits politiques? Ah... ben... ça, on ne savait pas que ça figurait dans la Convention...
Et c'est ainsi que la Suisse se retrouve aujourd'hui dans le collimateur de l'UNICEF, parce qu'elle n'accorde pas le droit de vote à ses poupons, et parce qu'elle élit des mamies et des papys qui ne réfléchissent pas à ce qu'ils signent.
(Le Coin du Ronchon, La Nation du 21 février 2003)