Ronchon 21
C'est mon opinion et je la partage avec qui je veux
Il y a déjà plus de deux ans que l'on y est, et pourtant le 21e siècle continue d'évoquer le futur radieux. C'est pour cela que l'on nous parle d'Armée 21, d'Agenda 21 et même de Quartiers 21. Cette dernière dénomination désigne la «démarche participative» par laquelle la Municipalité de Lausanne invite ses citoyens à s'exprimer sur l'avenir de leur quartier. Les animateurs des sociétés locales nous exhortent à y participer pour que nous ne puissions plus dire: «De toute manière, ils font ce qu'ils veulent!»Chiche!
Admettons que l'on accepte de gaspiller une belle soirée de printemps pour aller participer à l'un de ces soviets de quartier. Aura-t-on le droit de se plaindre que notre capitale est devenue, comme l'on peut le constater en s'y promenant le dimanche matin, une ville-dépotoir peuplée de cas sociaux, de paumés, de drogués, de fêtards attardés et avinés, de traîne-savates, de glandeurs montrant leurs coudes aux portières de leur Subaru Imprezza bleue, le tout dans les odeurs de crottes de chiens, de joints mal éteints et d'autres déjections humaines publiques, avec en bruit de fond le vacarme et les âneries hurlés par des chars de carnaval?
C'est peu probable. Les réunions de Quartiers 21 seront en revanche assidûment fréquentées non seulement par tous ceux qui voudront parler de leurs chats, de leurs chiens, de leurs hamsters et de leur belle-mère, mais aussi par tous ceux qui réclameront de nouvelles interventions de l'Etat, plus de garderies, plus de permanences médicales, plus de lieux de réunion, plus d'«espaces conviviaux», plus de services gratuits, prétendument pour le bien des citoyens et assurément pour le malheur des contribuables. Voilà ce que nos édiles veulent entendre, voilà ceux qu'ils veulent écouter.
Alors, après une soirée passée à s'énerver de la bêtise humaine en général et lausannoise en particulier, on rentrerait chez soi en soupirant: «De toute manière, ils font ce qu'ils veulent!» Pour un résultat pas moins bon, La Nation offre heureusement un moyen plus sympathique d'exprimer ce que l'on a sur le cur. Voilà qui est fait.
(Le Coin du Ronchon, La Nation du 2 mai 2003)