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vendredi 17 juillet 2020

La Pologne encore conservatrice

En Pologne, les élections présidentielles ont donné une courte victoire au président sortant, Andrzej Duda, du parti conservateur Droit et Justice (PiS). Il a obtenu 51,21% des voix, contre 48,79% à son adversaire libéral et pro-européen.

Chez nous, beaucoup d’esprits conservateurs se réjouissent de ce succès, qui évoque tout à la fois la persistance des valeurs traditionnelles, le refus des ingérences extérieures, la résistance aux «évolutions» de mœurs qui se sont imposées en Europe occidentale, ou encore la résistance à l’immigration.

Il faut néanmoins observer les choses telles qu’elles sont, et non comme on voudrait qu’elles soient. D’abord, le parti PiS n’échappe pas aux dérives propres à la démocratie électorale, où la volonté de gagner fait souvent oublier l’intérêt supérieur de l’unité du pays. Par ailleurs, les conservateurs polonais sont animés d’un ressentiment obsessionnel à l’égard de la période communiste, qui les a conduits à mener, sur le plan interne, des chasses aux sorcières aussi querelleuses qu’inutiles; en politique internationale, ils adoptent une position violemment anti-russe, alignée sur les Etats-Unis.

Surtout, le résultat modeste du camp conservateur trahit aussi son affaiblissement. Si la Pologne apparaît encore comme un bastion de la «vieille Europe», on aurait tort de sous-estimer la rapidité avec laquelle la société s’y transforme, sous l’effet de courants extérieurs et intérieurs. Cette transformation a commencé beaucoup plus tard que chez nous, mais elle a commencé, au point que la société polonaise apparaît aujourd’hui fortement divisée. La récente élection présidentielle atteste de cette division; elle n’est qu’un épisode d’une longue histoire qui ressemble à un roman de Jean Raspail.

(La Nation n° 2153, 17 juillet 2020)