Accueillir ou combattre, il faut choisir!
La révision de la loi sur l'armée, qui prévoit expressément la possibilité d'engager des soldats suisses armés dans des opérations à l'étranger, a suscité un double référendum - de la part de la gauche et de la droite. Pourtant l'intelligentsia politique et médiatique continue de marteler que l'avenir de notre armée est sur les champs de bataille étrangers, en compagnie de troupes internationales chargées d'y faire régner la justice.
Mais quelle justice? Gageons que les populations auxquelles nos soldats seront confrontés - et sur lesquelles ils seront peut-être amenés à tirer - ne reconnaîtront aucune justice dans nos interventions. On peut, bien sûr, se moquer cyniquement de la haine que les balles helvétiques nous vaudront dans quelques lointaines contrées, mais a-t-on au moins songé que cette haine pourrait se manifester ici aussi?
Il y a en Suisse environ 20% d'étrangers. Parmi eux se trouvent, par exemple, des Serbes et des Albanais, des Israéliens et des Arabes. Des tensions sont parfois perceptibles entre ces gens, trahissant les conflits qui, loin de chez nous, opposent leurs parents. Mais comment réagiront-ils le jour où l'armée de leur pays d'accueil aura pris fait et cause pour l'une ou l'autre partie - ou aura du moins donné cette impression? Que diront-ils si la Suisse envoie dans leur pays d'origine non plus des ambulances mais des chars de grenadiers?
Les chantres d'une politique d'immigration ouverte, ceux-là mêmes qui se félicitent du grand nombre d'étrangers résidant en Suisse et qui se sont tant battus contre l'initiative des 18%, pourraient utilement réfléchir à cela: la présence sur notre sol d'importantes communautés étrangères devrait nous imposer une grande retenue sur la «scène internationale» et nous interdire de prendre parti dans les conflits qui secouent la planète. Faute de quoi nous serons nous-mêmes exposés aux troubles que nous prétendons mâter chez les autres.
(La Nation n° 1645, 12 janvier 2001)