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vendredi 29 avril 2005

Habemus Diabolum!

Nos journalistes sont bien à plaindre. Ils n'ont pas reçu le pape qu'ils avaient commandé. Ils en voulaient un qui soit ouvert, progressiste, social, œcuménique, métissé, pas trop catholique, jeune, cool, capable d'écrire des sms en verlan, de se déplacer en «rollers» pour promouvoir la mobilité douce, de réunir la modération du parti démocrate-chrétien dans ses convictions religieuses et la virulence du parti socialiste dans son engagement politique.

Nos journalistes, qui se sentaient d'autant plus concernés qu'ils étaient peu catholiques, en avaient décidé ainsi. Ils l'avaient bien fait dire à leurs sondages. Chaque jour, nous savions combien de catholiques et de non catholiques souhaitaient que le pape ait tel avis sur telle question, qu'il milite pour ceci ou contre cela. Chaque jour nous avions de nouveaux pourcentages pour ou contre l'avortement, pour ou contre le cannabis, pour ou contre Jésus Christ, entrecoupés de flashes spéciaux à chaque fois que de la fumée sortait de la Chapelle Sixtine. L'Eglise était devenue un vaste lieu de téléréalité «live» où chacun pouvait voter pour choisir la suite de l'histoire dans le sens voulu par les médias.

Mais voilà, les cardinaux, contrairement aux politiciens, n'ont pas écouté les journalistes. Ils n'en ont fait qu'à leur tête et ont voté pour un pape allemand et conservateur, et avec un numéro bigrement compliqué à écrire en chiffres romains! Horresco referens...

Horresco? Vraiment? A bien y réfléchir, Saddam Hussein est oublié depuis longtemps, George Bush ne se montre plus beaucoup, et l'on commence à se lasser de Christoph Blocher... Nos journalistes n'ont-ils pas justement besoin d'un nouvel ennemi public? Un ennemi public de transition, bien entendu... Allez, adjugé: c'est Benoît XVI qui, ces prochains mois, sera leur bête noire - justement parce qu'il n'est pas noir. De la fureur rouge sort des studios et des rédactions, signe que le conclave du clergé médiatique a choisi son nouveau Diable.

(Le Coin du Ronchon, La Nation du 29 avril 2005)