Vox populi, vox Dei!
Cause toujours...
Une majorité de cantons suisses a refusé de s'associer aux accords de Schengen et de Dublin. Cela n'aura toutefois aucun effet: puisque ces cantons, autrefois souverains, ne réunissent pas une majorité de la population helvétique, ils vont devoir se plier à la volonté des cantons moins nombreux mais plus forts car plus urbains et donc plus peuplés. Une illustration, en quelque sorte, de ce que serait le droit de codécision de la Suisse au sein de l'Union européenne.Une Union européenne où, justement, l'on fait aussi l'expérience de la démocratie. Une démocratie qui - comme chez nous mais de manière plus explicite - ne sollicite pas le peuple pour donner son avis mais pour approuver et légitimer celui des gouvernants. Les Français ont ainsi été priés de ratifier un texte constitutionnel complexe - exercice auquel ils sont rarement confrontés - au sujet duquel tout ce qu'on leur avait expliqué était qu'ils n'avaient «pas le droit de dire non». Pas le droit? Et qu'est-ce qu'on risque sinon? Dans l'ex-Union soviétique, la réponse à cette question était suffisamment claire pour que le prolétariat vote en masse dans le sens voulu par ses autorités. Mais la France d'aujourd'hui pratique l'épuration à une échelle un peu plus réduite: la menace n'a pas porté et plus personne ne sait maintenant ce qu'il faut faire. Sauf les Anglais qui ont choisi, toujours dans une optique démocratique, de se passer de l'avis du peuple en renonçant au référendum prévu. Nous autres Suisses allons d'ailleurs pouvoir assez vite nous habituer aux pratiques démocratiques expéditives de l'UE. La duchesse Benita (c'est un joli prénom), ci-devant commissaire européenne, est venue nous rappeler, dès le lendemain du vote sur Schengen/Dublin, que les traités signés et ratifiés ne sont jamais que des morceaux de papier sur lesquels ceux qui se sentent assez puissants n'hésitent pas à s'asseoir allègrement, notamment en y ajoutant après-coup des clauses et des conditions supplémentaires.
La démocratie se résume donc admirablement dans l'expression populaire: «Vox populi, vox Dei», tant il est vrai que, dans des républiques de mécréants, la voix du peuple compte à peu près autant que le voix de Dieu.
(Le Coin du Ronchon, La Nation du 10 juin 2005)