Pour une harmonisation des fous et des enfants
Les écoles sont différentes d'un canton à l'autre! La Nation a déjà parlé et parlera encore de cette épouvantable situation qui a déjà traumatisé des générations de petits Vaudois souffrant dans leur chair de ne pas avoir les mêmes livres, les mêmes cours et les mêmes heures de récréation que leurs camarades de Frauenfeld, de Meiringen ou de Disentis. Heureusement qu'une légion de fonctionnaires fédéraux armés de rouleaux compresseurs viendra bientôt mettre un terme à cette intolérable diversité.Les communiqués des agences de presse nous ont récemment appris que le problème était beaucoup plus profond et affectait en réalité toute la vie des enfants. Ainsi les organisations de défense des «droits de l'enfant» dont le but est de relever d'«importantes lacunes» pour réclamer une loi fédérale et des subventions ont annoncé avec indignation qu'il existait d'«importantes disparités» entre les cantons en termes de politique de l'enfance. Un juge valaisan (et l'on sait toute la rigueur avec laquelle les Valaisans luttent contre les particularismes locaux ) s'est offusqué de ce que «les enfants de Suisse restent discriminés: ils ne sont pas traités de la même manière selon le canton où ils résident, ce qui est contraire à la Convention de l'ONU». (Mais oui, vous savez bien: cette fameuse convention que le Conseil fédéral avait signée il y a quelques années en nous affirmant qu'elle n'aurait de toute manière aucune conséquence sur notre ordre juridique ) Damned, la Suisse n'est pas la Syrie et si l'ONU nous enjoint maintenant de renverser notre ordre constitutionnel et de supprimer la souveraineté des cantons, alors il faut bien sûr se dépêcher d'obéir!
A quelques heures d'écart (car le virus des différences entre les cantons se répand aussi rapidement que le H5N1), un autre communiqué annonçait que des disparités intercantonales inexplicables avaient été constatées cette fois dans le domaine de l'internement psychiatrique. Une étude approfondie concluait à la nécessité d'une «harmonisation». Uniformiser des quotas de fous? Normaliser la taille des entonnoirs qu'ils portent sur la tête? Vite, une loi fédérale!
Comme on le voit, l'idéal serait donc de créer des cantons ayant les mêmes lois, les mêmes règlements, les mêmes autorités, la même superficie et bien sûr les mêmes armoiries et le même nom. Des cantons avec les mêmes enfants et les mêmes fous. Des cantons qui, dans un équilibre péréquatif parfait, s'enrichiraient mutuellement de différences rigoureusement identiques.
(Le Coin du Ronchon, La Nation du 11 novembre 2005)