Vendeur de glaces, métier à risques
L’Etat, tel un intrépide héros, n’a de cesse de secourir le citoyen irresponsable en érigeant de nouvelles lois et prescriptions sur son chemin. Dernière trouvaille en la matière, les prescriptions générales relatives à la préparation, la vente ou la distribution de denrées alimentaires lors d’une manifestation ou sur la voie publique, édictées par l’Inspection des denrées alimentaires de la Ville de Lausanne.
Sur quelques pages – dont la taille des caractères varie de minuscule à énorme selon l’importance accordée par le législateur –, tout est dit pour éviter des catastrophes écologiques: ainsi les personnes susceptibles de transmettre des germes pathogènes ne doivent pas manipuler des denrées alimentaires; en outre, la plus grande propreté et l’ordre le plus strict doivent être observés. – Oui Maman.
Mais ces prescriptions vont plus loin dans les détails. Les stands doivent obligatoirement disposer de l’eau courante et être couverts d’un toit ou d’un parasol; les aliments doivent obligatoirement être emballés ou protégés par des «dispositifs transparents comprenant une structure verticale et horizontale»; les denrées périssables doivent obligatoirement être conservées au froid (moins de 5° C) ou au chaud (plus de 65° C); la nourriture prête à la consommation doit obligatoirement être séparée de celle qui ne l’est pas encore; les légumes doivent être apportés au stand déjà lavés; les ustensiles doivent être en bon état et lavés à l’eau chaude; quant aux déchets, ils doivent être mis dans des «contenants pouvant être fermés» et évacués. Ce sera bien le diable si une bactérie parvient à passer entre les mailles de cet impressionnant dispositif sanitaire!
Etait-il nécessaire de céder une fois de plus à la manie de vouloir tout réglementer? Le perfectionnisme helvétique et lausannois, en tous cas, n’est pas inoffensif. Les réglementations tatillonnes vont à l’encontre de l’animation de nos rues, particulièrement en dehors des heures ouvrables où l’on rencontre des promeneurs désœuvrés et frustrés en quête de distractions. Pourquoi notre progressiste municupalité ne prend-elle pas exemple sur l’étranger, où l’ambiance est tout autre? Même si l’on restait à mi-chemin, ce serait toujours autant de fait.
(La Nation n° 1477, 6 août 1994)