Puissantes allemandes
Un chercheur de l'Université de Lausanne a étudié les véhicules flashés durant une semaine par l'un des radars automatiques fixes placés sur l'autoroute de contournement de Lausanne. Les radars fixes ayant la particularité de rester toujours au même endroit, presque tous les automobilistes de la région lémanique et de la France voisine connaissent leur emplacement et ralentissent en passant à côté. Les dépassements de vitesse enregistrés par ces appareils concernent ainsi 0,05% des véhicules, contre environ 7% pour les radars mobiles. L'étude de notre éminent chercheur porte donc sur une poignée de conducteurs étrangers, ou particulièrement distraits, ou éventuellement animés d'un désir de générosité envers le trésor public. Mais cela n'empêche pas le magazine Allez savoir!, édité par l'UNIL, d'affirmer que l'on peut en retirer des informations générales sur «les excès de vitesse constatés sur les autoroutes suisses». Ce n'est pas forcément faux si l'on en juge par la conclusion spectaculaire à laquelle aboutit cette étude et qui comme dans toute statistique qui se respecte confirme ce que chacun savait déjà, à savoir que les puissantes voitures allemandes roulent généralement plus vite que les autres. Ça alors! Qui l'eût cru? Sans doute tous ceux qui lisent chaque jour les journaux et qui y découvrent les exploits de jeunes chauffards se livrant à de folles courses poursuites à bord de leurs puissantes voitures allemandes. L'expression revient comme un leitmotiv sous la plume des journalistes qui ne se donnent même plus la peine de vérifier la marque. Dans le journal, tout ce qui roule vite est une «puissante voiture allemande». Faut-il y voir un effet de la fascination qu'a toujours exercé notre puissant voisin du nord du Rhin? Une conséquence logique de la supériorité de l'industrie automobile germanique? Une subtile campagne de conditionnement coïncidant avec le Salon de l'Auto? Ou simplement une de ces expressions à la mode qu'un journaliste écrit une fois et que tous les autres répètent ensuite?(Le Coin du Ronchon, La Nation du 3 mars 2006)