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samedi 25 décembre 1993

La démocratie s’adapte

La démocratie n’est point, comme l’ont cru quelques naïfs, un concept figé dans des schèmes de pensée archaïques. Au contraire, perpétuellement repensée par des intellectuels professionnels, elle change, évolue, s’adapte aux exigences du monde d’aujourd’hui et de la société de demain. Voyez plutôt: alors que Rousseau croyait que le bien commun résultait de la volonté majoritaire du peuple, on a compris maintenant que le peuple doit se contenter d’approuver le bien commun que les élites ont défini pour lui. Et si la majorité désapprouve, c’est donc qu’elle se trompe.

Dans le même ordre d’idées, après avoir longtemps cru que le peuple ne pouvait se prononcer que sur un texte qu’il connaissait, on découvre qu’on peut aussi lui demander d’être pour ou contre sans lui préciser exactement pour ou contre quoi; il suffit d’un thème, d’une idée générale. Ainsi la Ligue du patrimoine national suisse propose à ses membres de soutenir la campagne pour l’«initiative des Alpes»… sans en fournir le texte complet. Certes, les buts de l’initiative sont exposés, et quelques extraits sont cités, mais tout l’aspect juridique d’une telle modification constitutionnelle est occulté. Après tout, l’important est de participer!

(La Nation n°1461, 25 décembre 1993)