De l’extermination
Le titre du dernier livre d’Eric Werner1 rappelle les antiques traités de philosophie des auteurs grecs et latins: «De l’extermination».
Le but de l’ouvrage? Combler une lacune de l’analyse polémologique de Clausewitz! Dans l’explication de ce dernier – la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens –, quelque chose manque manifestement.
Car l’extermination existe, et aussi la guerre d’extermination, où la destruction de l’ennemi devient le but principal. Exemples choisis hors des sentiers battus: la Vendée de 1793, l’Allemagne de l’après-guerre, l’Irak aujourd’hui.
Il ne s’agit alors plus d’imposer sa volonté à un adversaire, mais bien de détruire celui que l’on présente comme un criminel; car une guerre d’extermination doit toujours apparaître comme une guerre juste où des bons se battent contre des méchants.
Un mérite de l’ouvrage est de jeter le discrédit sur ces guerres que l’on voudrait nous faire aimer, alors qu’elles ne sont suscitées et entretenues que par la haine.
Un autre mérite est de mettre en parallèle extermination physique et extermination morale, d’étendre la notion de guerre à la paix apparente de nos pays: les violences inter-ethniques des grandes banlieues, consécutives à une immigration délibérément incontrôlée; le racisme, réaction naturelle à la promiscuité de cultures différentes; la démocratie égalitariste, source de conflits puisque, selon Tocqueville, «la haine que les hommes portent au privilège s’augmente à mesure que les privilèges deviennent plus rares». Dans la foulée, l’auteur part en guerre contre l’Etat ethnocrate qui lutte contre les peuples pour leur imposer les valeurs démocratiques (être «rationnel», «laïc», «compatissant», «tolérant»), et contre la société industrielle que Pierre Clastres définit comme «la plus effrayante machine à détruire».
Dans cette analyse lucide d’une société violente qui se dit non violente, on trouve enfin quelques clins d’œil malicieux aux conformistes de notre temps. Ainsi sur la Yougoslavie: «Lorsqu’on a contre soi à la fois et simultanément le Conseil de sécurité de l’ONU, le Vatican, la Commission de Bruxelles, la Conférence islamique mondiale et les adeptes du nouvel ordre mondial, il est improbable qu’on ait complètement et exclusivement tort. Il faut forcément qu’on ait un peu aussi raison.»
(La Nation n° 1443, 17 avril 1993)
1 Eric Werner, De l’extermination, Lausanne, Thael, 1993, 124p.