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Où l’on parle de sorcières, mais pas d’Halloween

En cette saison d’automne, on ne rappellera jamais assez à quel point la chasse est un passe-temps commun aux deux côtés de l’échiquier politique. La droite s’y livre par plaisir, pour manger, parfois pour réguler certaines espèces; la gauche pour réguler tout et pour imposer le Bien dans le monde. La droite pratique volontiers la chasse au cerf, au chevreuil, au sanglier, au tétras-lyre. Parfois à la bécasse. La gauche affectionne surtout la chasse aux riches, aux banquiers, aux propriétaires, aux automobilistes, aux hommes-hétéros-cisgenres- homophobes-transphobes-grossophobes et à tout ce qui a trait au pétrole, au carbone et aux idées du passé. A droite, on a l’habitude de manger le gibier que l’on chasse. A gauche, on rêve plutôt de le brûler (ce qui revient à le cuire un peu plus longtemps). Si Carl Vogt et Louis Agassiz étaient encore vivants, nul doute qu’ils achèveraient de se consumer sur un bûcher.

C’est dans ce contexte qu’il faut situer le nouveau combat de la gauche: la chasse aux chasseurs de sorcières. Mme Léonore Porchet, conseillère nationale, a déposé au Parlement fédéral un postulat intitulé «commémorer les victimes de la chasse aux sorcières», demandant d’effectuer un «travail de mémoire», mais aussi de contrition et de réparation. Selon Mme Porchet, «les sorcières étaient des femmes indépendantes qui, par exemple, refusaient de se marier, étaient veuves ou célibataires, n’avaient pas d’enfant ou étaient tout simplement âgées». (La version de certains historiens, selon laquelle la plupart des dénonciations pour sorcellerie étaient dues à des femmes et motivées par de triviales querelles de voisinage et jalousies personnelles, fait beaucoup moins palpiter les cœurs révolutionnaires.)

On pourrait se sentir déconcerté à l’idée que des mouvements politiques qui font de la chasse aux sorcières leur principale spécialité, cherchent à ce point à culpabiliser ceux qui l’ont fait avant eux. A bien y réfléchir, la principale différence que l’on peut trouver entre les pratiques condamnables d’autrefois et la Marche vers le Progrès d’aujourd’hui, c’est qu’hier on brûlait des sorcières tandis qu’aujourd’hui on brûle surtout des sorciers.

On voit ainsi que le Progrès se résume à une question de genre et que, même à gauche, il reste encore du chemin à parcourir pour atteindre l’égalité des sexes devant les bûchers.

(Le Coin du Ronchon, La Nation n° 2213, 4 novembre 2022)