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Le bon sauvage et le mauvais domestique

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Le métissage entre les domestiques et les sauvages préoccupe le monde scientifique, qui y voit le risque d’un «remplacement génétique irréversible» amenant à un affaiblissement de la diversité ensuite de l’assimilation et donc de la probable disparition d’une de ces deux sous-espèces. Nous constatons toutefois que la civilisation devrait finalement triompher puisque ce sont les sauvages qui, à terme (on parle de deux ou trois cents ans), devraient s’assimiler aux domestiques.

Ce thème a fait l’objet d’un article dans 24 heures du 29 septembre. Il nous a semblé digne d’être retenu car nous savons que les histoires de chats rencontrent toujours un écho très favorable chez les lectrices et les lecteurs. Par ailleurs, nous nous réjouissons de voir les chercheurs se pencher sérieusement sur les difficultés du vivre ensemble – entre Felis silvestris (le chat sauvage) et Felis catus (le chat domestique). Enfin, le sujet est d’actualité après le dernier dimanche de votations où la Suisse urbaine a réussi à «imposer sa vision de la biodiversité» (selon les termes employés par le journal Le Temps), consacrant ainsi le principe selon lequel les décisions concernant la nature sont prises par ceux qui la connaissent le moins. Or donc, ce que les biologistes constatent, c’est que le premier danger pour les chats sauvages ne vient pas de la chasse pratiquée par les humains, mais bien plutôt de la proximité de leurs propres «cousins». En d’autres termes, le chat est un loup pour le chat (comme l’aurait dit Hobbes, le tigre de Calvin). Et pas seulement pour le chat puisque, selon diverses études, «les chats domestiques tuent environ 324 millions de petits animaux par an» et représentent ainsi «une calamité envahissante pour la biodiversité».

Les histoires de chats plaisent aux lectrices et aux lecteurs… à condition qu’on dise du bien des chats. Or on constate que c’est difficilement possible, sauf à fermer les yeux sur un des pires génocides de l’histoire de l’humanité. Conclusion: il vaut mieux que La Nation continue de parler de sujets institutionnels compliqués, ce sera plus simple.

(Le Coin du Ronchon, La Nation n° 2159, 9 octobre 2020)