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Coronavirus? Sornette!

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Tout le monde peut se tromper. L’Office fédéral de la santé publique, après avoir annoncé que les discothèques étaient les principaux lieux de dissémination du coronavirus, s’est aperçu qu’il avait mélangé quelques lignes dans un tableau et a dû se fendre d’un rectificatif: ce n’est pas dans les discothèques qu’on court le plus de risques, mais dans les contacts familiaux. Il est donc à craindre que les autorités, après avoir fermé les discothèques, décident de fermer aussi les familles. Après tout, ce serait assez dans l’air du temps. Et comme les mesures les plus extrêmes sont désormais envisagées pour nous obliger à vivre en bonne santé, notre plaisanterie du jour pourrait ne plus en être une demain.

Toujours est-il que les sornettes brièvement propagées par les statistiques officielles sont venues jeter de l’huile sur le feu dans la guerre fratricide qui oppose aujourd’hui les pro-masques et les anti-masques.

Les premiers se sont résignés avec empressement à ce que «rien ne soit plus jamais comme avant»; ils se préparent docilement à vivre isolés et voilés pendant des mois, sinon pendant des années, et réclament des mesures encore plus dures pour tout le monde, car la santé importe plus que tout. Même les plus gentils d’entre eux jettent des regards chargés d’opprobre et d’indignation à ceux qui ne partagent pas leur peur.

Les seconds craignent surtout de voir les autorités politiques, administratives, scientifiques et morales nous imposer non pas des précautions temporaires, mais un changement irrévocable de notre mode de vie, au motif que le virus est toujours là. A la sécurité sanitaire rassurante, les anti-masques privilégient la liberté et ses risques. Mais au lieu de cultiver discrètement cette liberté, ils ont une fâcheuse tendance à s’épancher en propos hâtifs et vindicatifs sur les réseaux sociaux, voire dans la rue, desservant ainsi leur cause.

Au milieu de cette société désorientée et désespérée où chacun s’invective à qui mieux mieux, les voix raisonnables se font rares. Nous avons donc particulièrement apprécié les propos critiques et parfaitement pertinents tenus dans Le Temps du 3 août dernier par un professeur de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, spécialiste de la gestion du risque. Hélas, trois fois hélas: qui donc se laissera convaincre par un professeur nommé… Sornette?

(Le Coin du Ronchon, La Nation n° 2155, 14 août 2020)