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Pas de cadeau aux anti-Noël

Selon une enquête du cabinet GFK, seuls 20% des personnes interrogées pensent que les cadeaux sont indissociables de Noël, tandis que plus d'une personne sur dix estime qu'il faudrait s'en passer. (20 Minutes, 15 décembre 2019)

Le titre de l’article – «Noël sans cadeau: certains Suisses votent pour» – est factuellement correct, mais il est conçu pour suggérer au lecteur pressé et dépourvu d’esprit critique que la petite minorité qui demande la fin des cadeaux de Noël représente, sinon une majorité, du moins l’opinion la plus digne d’intérêt et de considération.

Le message est clair. Après l’obligation de fêter Noël sans crèche, parce que ça heurte la sensibilité de certaines religions, sans sapin, parce que ça décime les forêts, sans décorations lumineuses, parce que ça gaspille de l’énergie, et sans bougies, à cause des émissions de CO2, on nous demande désormais de fêter Noël sans cadeaux, pour lutter contre la surconsommation.

Ceux qui n’en font jamais ne s’en émouvront pas. L’administration fiscale par exemple. En revanche, cela ne fera pas très plaisir à nos concitoyens qui, frileusement repliés sur un modèle économique dépassé, persistent à gagner leur vie en vendant des biens de consommation – au lieu d’aller s’asseoir sur la route en mâchant du quinoa équitable et en réclamant un droit à un revenu universel. Mais tant pis pour eux, car les faiseurs de modernité ont décrété qu’il fallait en finir avec la consommation, seule celle des produits stupéfiants restant encore tolérée.

Après tout, c’est peut-être mieux ainsi. Les cadeaux, dit-on, sont donnés pour le plaisir de celui qui les offre, plus que pour les mérites de celui qui les reçoit. Un cadeau peut être inoubliable (un abonnement à La Nation), mais aussi empoisonné (le cheval de Troie), encombrant (un éléphant de compagnie), politiquement incorrect (un livre mis à l’index), sexiste (une poupée Barbie) ou n’importequoiphobe (il suffit de peu de choses). Et depuis que les esprits progressistes songent à remplacer les rois mages par des reines, et les rennes du Père Noël par un voilier zéro-carbone, la distribution n’est plus vraiment assurée dans les temps.

Cela dit, si après avoir effacé l’origine religieuse on interdit la dimension commerciale, il ne va pas rester grand-chose de cette fête. Certains pourraient s’en réjouir. Avez-vous déjà effectué une recherche sur internet avec le mot-clé «anti-Noël»? On y trouve un sacré marécage de frustrations infantiles et de militantisme athée – qui nous fournit, au fond, une bonne raison de fêter Noël: ne pas faire de cadeau à ces gens-là.

(Le Coin du Ronchon, La Nation n° 2138, 20 décembre 2019)