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Défense aérienne: des attentes vaudoises

L’acquisition de nouveaux avions de combat pour l’Armée suisse constitue un enjeu économique et industriel, avec la perspective de transferts technologiques et de nouveaux emplois. La Suisse romande, et plus particulièrement la région de Payerne, font valoir leurs atouts.

Le projet d’achat de nouveaux avions de combat pour l’armée suisse, déjà accepté en septembre par le Conseil des Etats, vient d’être voté à une assez confortable majorité par le «jeune» Conseil national fraîchement sorti des urnes. Le texte prévoit une enveloppe financière de 6 milliards de francs, laissant au Conseil fédéral le choix du modèle d’avion et du nombre d’exemplaires.

La raison première de cet achat est évidemment d’ordre militaire. Mais il existe aussi, parallèlement, un enjeu industriel et économique qui s’impose désormais dans les débats politiques et médiatiques. Il est en effet légitime qu’un investissement aussi important soit compensé par l’acquisition d’un savoir-faire technologique avancé et par l’obtention de commandes supplémentaires pour les entreprises helvétiques.

Quelle doit être l’ampleur de ces «affaires compensatoires»? Sur ce point, une divergence subsiste entre les deux Chambres. Le Conseil des Etats avait demandé 100% de la valeur contractuelle; le Conseil national, quant à lui, a préféré ne pas dépasser 60%, suivant en cela la proposition très – trop! – modérée du Conseil fédéral. Un compromis à 80% pourrait-il s’imposer?

Les deux Conseils se sont en revanche accordés sur la fixation d’une clé de répartition des futures compensations économiques: 65% en Suisse alémanique, 30% en Suisse romande et 5% en Suisse italienne. Mais si cette répartition est maintenant acquise, il restera à voir comment elle sera concrétisée. D’ores et déjà, les acteurs industriels et régionaux commencent à se manifester. En Suisse romande, c’est la région de Payerne qui se profile aujourd’hui auprès de la Berne fédérale, afin de faire valoir les atouts décisifs de son nouvel Aéropôle.

L’aérodrome militaire de Payerne constitue actuellement la principale base des Forces aériennes suisses. Les mouvements d’avions militaires y sont deux fois plus nombreux qu’à Emmen. Pourtant, Emmen compte bien davantage d’emplois liés directement ou indirectement à l’armée, avec notamment un centre de compétence de l’entreprise Ruag. La région payernoise demande désormais un rééquilibrage entre les désagréments qu’elle accepte et les bénéfices qu’elle est en droit d’en attendre. A cet argument d’équité s’ajoute celui de la qualité: l’aérodrome de Payerne est aujourd’hui relié à un parc technologique bien équipé, qui offre de la place pour de nouvelles entreprises et des possibilités de synergies entre différents acteurs de la recherche et de la formation aéronautiques. Un endroit idéal pour développer des emplois liés au futur avion de combat.

Les responsables de Ruag manifestent actuellement peu d’intérêt pour Payerne, mais les ambassadeurs de la région broyarde ne baissent pas les bras. Les Alémaniques devraient en effet prendre conscience, après l’échec du scrutin sur le Saab Gripen, que toutes les voix compteront au moment de la prochaine votation, y compris celles de la Suisse romande.

(L'Agefi, 12 décembre 2019)

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