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Berthoud et Berthod

Les éditions L’Age d’Homme ont récemment publié deux petits livres d’aspect fort semblable: Une religion sans Dieu – Les Droits de l’Homme contre l’Evangile de Jean-Marc Berthoud, et Rembarre – Billets 1978-1990 de René Berthod. Ces deux hommes qu’une seule lettre sépare s’appuient manifestement sur les mêmes valeurs, pratiquent un même anticonformisme courageux, distillent chacun de justes doses de provocation, et partent néanmoins dans des directions différentes.

Les Droits de l’Homme contre l’Evangile

Jean-Marc Berthoud s’attaque au Grand Totem de la seconde moitié du XXe siècle, celui devant lequel se prosterne aujourd’hui l’Eglise, les Etats, la presse et l’opinion publique: les Droits de l’Homme. Sans s’attarder sur les usages politiques détestables qui en sont faits, l’auteur met le doigt sur la tare la plus grave à ses yeux: ces droits que les églises officielles prétendent défendre n’ont aucun fondement juridique ni chrétien. Pire, ils vont exactement à l’encontre de la doctrine chrétienne.

D’Aristote et de saint Thomas d’Aquin à Michel Villey, Jean-Marc Berthoud nous présente d’abord l’éternelle querelle entre les partisans d’un droit fondé sur une base nécessairement divine, ou au contraire sur la seule raison humaine, autonome par rapport à Dieu. Mais ces derniers eux-mêmes ne conçoivent le droit que comme une observation objective des pratiques juridiques réelles d’une société, et non comme la construction rationaliste que sont les Droits de l’Homme.

Se référant à divers penseurs catholiques français, l’auteur nous montre ensuite comment les Droits de l’Homme s’opposent au Christianisme, indépendamment de ses clivages internes. Suivant Arnaud de Lassus dans son analyse de la Déclaration des Droits de l’Homme et des citoyens de 1789, nous découvrons que la liberté de chacun est définie comme n’étant limitée que par la liberté des autres, et que l’homme n’y est donc plus soumis à l’autorité transcendante de Dieu. Dès lors, les lois ne doivent manifester que la seule volonté de l’Homme considéré collectivement, du Peuple tout puissant.

Jean Madiran va dans le même sens en démontrant que la sacralisation du principe démocratique aboutit au refus de toute autorité n’émanant pas expressément de la volonté générale, donc au refus de l’autorité de Dieu sur les hommes, au refus des autorités traditionnelles de nos sociétés et à la subversion sociale généralisée. Parlant du suffrage universel: «Sa légitimité apparaît, à l’usage, trompeuse ou douteuse, mais son vrai rôle est d’éliminer les autres légitimités!» Le même auteur met aussi en évidence la substitution habile des Droits de l’Homme aux devoirs qui lui sont imposés par Dieu.

Toute cette idéologie, issue du siècle des Lumières, apparaît alors comme une attitude revendicatrice et orgueilleuse, incompatible avec la soumission à Dieu enseignée par la Bible, basée de surcroît sur l’idée d’un Homme abstrait et rationnel qui ne correspond pas aux situations concrètes, variées, inégales, dans lesquelles les hommes se trouvent réellement. Les Droits de l’Homme, comme l’explique Jean-Marc Berthoud, n’ont pas leur place dans l’histoire du Christianisme. Ils sont une invention moderne, un support théorique de la Révolution, une nouvelle religion de l’Homme mis à la place de Dieu.

Rembarre

Tout autre est le recueil des billets d’humeur de René Berthod, alias Rembarre, publiés jusqu’en 1990 dans le Nouvelliste et Feuille d’Avis du Valais. Ici pas d’analyse exhaustive, pas de bibliographie ni de références, mais une série de textes courts, incisifs, subtils et souvent drôles. Tantôt l’auteur semble méditer la plume à la main, tantôt il interpelle le lecteur, ou alors il se contente de narrer se ses souvenirs. Tout à tour fâché, ironique, insidieux, cynique, il adresse sa verve à ceux qui commettent le mal comme à ceux qui omettent de le dénoncer, aux «groupes de pressions qui dictent le conformisme intellectuel de ce temps» comme à l’homo occidentalis «devenu une sorte de bœuf, mais un bœuf avachi».

Ce ne sont pas seulement les Droits de l’Homme qui sont visés et dénoncés, mais toutes les hérésies et sottises qui défilent au gré des informations quotidiennes d’une époque dont quelques thèmes apparaissent aujourd’hui démodés, alors que d’autres sont hélas encore d’actualité. Si la guerre froide, le communisme, le terrorisme international, le Chili de Pinochet et la Rhodésie ne font plus guère parler d’eux, on connaît toujours en revanche les gesticulations internes et externes de la politique fédérale, le français renouvelé, la partialité d’une certaine presse, l’écologie ou le mondialisme.

Voilà un livre à garder à portée de main, histoire de s’assurer que le bon sens n’a pas déserté notre pays. Ceux qui auraient déjà lu chacun de ces billets seront heureux de les retrouver réunis sous une forme qui met mieux en évidence les options et convictions de cet «honnête homme».

(La Nation n° 1451, 7 août 1993)

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