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Amère déception

Les jeunes ne se comportent pas comme de vrais jeunes. Un nouveau défi pour l’école

On espérait beaucoup des parlements de jeunes. Eh bien on a eu tort: ces petits garnements ne font que copier stupidement leurs aînés. C’est du moins ce que l’on apprend en lisant «Antigone. Les parlements de jeunes en Suisse. Vers des espaces jeunes de citoyenneté?», l’enquête la plus récente de l’IRDP (Institut romand de recherches et documentation pédagogiques), citée et commentée par 24 heures (22.8.96). Selon le directeur de l’IRDP, il s’agit d’une «analyse positivement critique». Positivement parce que ce sont des jeunes. Critique parce qu’ils ne sont pas comme on aurait voulu qu’ils soient.

Les trente-deux parlements de jeunes en Suisse, dont vingt en Suisse romande, constituent «un terrain d’apprentissage à la démocratie (sic) sans ambition de contre-pouvoir ou de tribune de contestation». Mais qu’est-ce qu’ils font alors? Ils «disposent d’un budget alloué par la commune ou le canton, se réunissent en assemblée pour élire un bureau et des commissions» (ça ressemble en effet à beaucoup d’autres parlements) et ils élaborent des projets «allant de l’animation (disco, sport, concert) aux grands thèmes socio-politiques (adhésion à l’UE, racisme, armée, naturalisation des étrangers)». Quand on examine qui participe, on découvre que «sans qu’il y ait volonté d’exclusion, les apprentis sont sous-représentés», que «le rôle de l’expression et des codes régissant la prise de parole en public avantagent les gymnasiens», qu’«à part quelques exceptions les étrangers ne représentent pas la proportion de la population immigrée», et que «les jeunes filles s’engagent fortement mais restent également sous-représentées».

Entendons-nous bien: «Les jeunes ne se laissent pas capter par les adultes. Mais leurs parlements reflètent l’image du monde de leurs aînés: esprit de consensus et clivages sociaux traditionnels.» Qu’est-ce qu’on peut faire pour changer tout ça? Comment faire pour que ces jeunes soient de vrais jeunes, et qu’au lieu de copier le monde de leurs aînés, ils réinventent le monde comme leurs aînés voudraient qu’ils réinventent le monde? Comment faire pour que ces jeunes donnent enfin satisfaction? Bon sang, mais c’est bien sûr: «Il appartient à l’école d’anticiper et de changer ces modèles, elle doit favoriser l’apprentissage de la communication, améliorer la représentation de l’autre, participer et gérer les projets des jeunes», dit le chef de la recherche de l’IRDP. «La notion de citoyenneté ne doit plus être prise en rapport avec l’enseignement civique, comme le conçoit généralement l’école. Celle-ci doit regarder au-delà de ses quatre murs. Il s’agit de développer une pédagogie active qui prend en compte les problèmes nouveaux (santé, drogue, sida, environnement) des jeunes pour les mettre en contact avec la vie réelle, civique et sociale», renchérit le directeur du même groupuscule.

Ah, cette jeunesse! Beaucoup trop sage! Heureusement qu’il y a l’école… Vous voyez bien qu’elle sert encore à quelque chose!

(Le Coin du Ronchon, La Nation, 30 août 1996)